Pourquoi Slaviansk n’est pas Madrid et pourquoi Donbass n’est pas l’Espagne — Почему Славянск не Мадрид, а Донбасс не Испания
09-06-2014

En préambule, l’auteur rappelle la différence entre la logique dialectique et la la logique formelle.

En résumé, contrairement à la logique formelle, la logique dialectique opère avec l’objet à la fois changeant et concret. Cela veut dire que «A» n’est pas égale à «A», pris à des moments différents et dans des circonstances différentes. Comme Héraclite l’a remarqué très justement, «on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve.«

La dialectique ne prend pas les choses «en général», mais les choses prises strictement à un moment précis et dans des circonstances précises.

Et ce n’est pas un hasard si Staline a insisté sur la loi des relations universelles comme l’une des lois fondamentales de la dialectique. Les choses n’existent pas «en général», «en général» est une abstraction qui ne tient pas compte de la diversité des relations de chaque élément de la communauté.

Le concret est une caractéristique importante de la dialectique.

Le manque de compréhension de la problématique du concret dans la dialectique matérialiste conduit souvent à une erreur qui est le raisonnement par analogie inappropriée. Toute analogie est fondée sur l’idée que les différents objets ont des propriétés communes qui définissent d’autres propriétés communes. Mais comme «la généralité» est comprise métaphysiquement et non dans un cas concret, comme si cette généralité était figée une fois pour toutes, ceci conduit à une erreur.

Par exemple, dans le cadre des événements en Ukraine, une idée erronnée s’est largement répandue qui consiste à dire que l’anti- fascisme est toujours un allié des communistes et que les communistes devraient soutenir inconditionnellement les anti-fascistes. Pour appuyer cette idée, on se réfère activement à l’expérience de la République espagnole.

Voici, par exemple, l’expression de cette idée par un militant de la «Borot’ba» (NdT parti politique ukrainien se réclamant du marxisme-léninisme):

«Il n’y a pas que les communistes «purs et durs» qui ont combattu pour l’Espagne républicaine. Il est connu que, parmi les combattants républicains on trouve même d’anciens soldats des troupes de Petlioura. (NdT un des commandants suprêmes de l’Armée Blanche) Il suffit de lire «Pour qui sonne le glas» de Hemingway, pour comprendre que les hommes d’origines tout à fait diverses, voire douteuses, se sont levés pour défendre la République espagnole. Et pourtant, ils sont rentrés dans l’histoire comme des héros anti-fascistes. Les volontaires de plusieurs pays, et notamment ceux venant de l’Ukraine occidentale ont fait la guerre dans les Brigades internationales. La propagande du chef de la rébellion fasciste, le général Franco, les a également appelé les «touristes staliniens», «saboteurs» et «terroristes».

Dans le cadre du conflit actuel ukrainien, il ne fait aucun doute que 99% des rebelles du Sud-Est sont les citoyens de ce pays. Mais l’origine et la nationalité de ces combattants n’ont aucune importance au regard de la problématique posée : la lutte pour la liberté démocratique et contre la réssurection du fascisme en Ukraine».

Source http://borotba.org/kategoricheskij_imperativ_dlya_antifashistov.html

En d’autres termes, l’auteur préconise la soumission des forces communistes aux objectifs et tâches de la lutte contre le fascisme, c’est-à-dire propose de lutter pour la défense de la démocratie bourgeoise, puisqu’il faut appeler les choses par leur nom. Mais la similitude avec l’Espagne est-elle correcte ? Il est évident que ces auteurs avec leurs idées superficielles, en brandissant les volumes d’Ernest Hemingway, ne comprennent pas que l’on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve.

Qu’est-ce qu’une Espagne en 1936 et dans quel cadre mondial a eu lieu la lutte contre le fascisme ?

Tout d’abord, 1936 est l’année de la victoire impressionnante du socialisme en URSS. L’URSS a non seulement terminé la collectivisation et l’industrialisation, mais aussi a augmenté d’une façon significative son pouvoir économique et politique et a renforcé son influence dans le monde.

Deuxièmement, les partis communistes du monde entier, galvanisés par les succès de l’Union soviétique, se sont développés et renforcés, unis dans le sein de l’Internationale communiste. De multiples organisations de travailleurs : syndicats, associations sportives et culturelles, sont nées grâce à l’influence significative et déterminante de ces partis.

Troisièmement, nous étions à la veille de la seconde guerre mondiale, le pacte anti- Komintern venait de voir le jour, les blocs impérialistes s’incitaient les uns les autres à l’attaque contre l’URSS.

Quatrièmement, en Espagne, le poids et l’influence des communistes étaient devenus très rapidement prépondérants, les socialistes et les anarchistes pouvant ponctuellement  soutenir des mesures de type réellement socialiste (collectivisation de la terre par exemple).

Cinquièmement, suite à l’avènement de la République espagnole élue démocratiquement au suffrage universel, un processus révolutionnaire était engagé en Espagne.

Sixièmement, dans le cadre de la guerre civile, l’URSS a soutenu activement le gouvernement de la République espagnole et a fourni une aide substantielle aux anti-fascistes.

C’est-à-dire qu’il existait des conditions objectives qui permettaient a) d’empêcher les impérialistes de conclure un accord contre l’Union soviétique, b) aux communistes espagnols de prendre le pouvoir dans leur pays pour commencer les transformations socialistes. …

… le Parti communiste Espagnol avait organisé ses propres forces militaires  structuré en UNITES DE COMBAT MONOLITHES COMMUNISTES : le célèbre 5ème régiment constituait à lui seul une force significative et politiquement aguerrie, encadré et dirigé par les meilleurs des commissaires politiques (division Lister) ; dans le reste de l’armée, le Parti communiste espagnol était présent mais se devait de composer avec les forces républicaines bourgeoises en formant malgré tout des unités séparées et stucturées en brigades, à l’instar des célèbres Brigades internationales.

Pourquoi ? Parce que, dans les conditions révolutionnaires de l’Espagne, les communistes devaient se préparer à la prise du pouvoir en déployant leurs propres forces miliatires capables de forcer la bourgeoisie à mettre en œuvre le programme d’édification socialiste, à défaut d’un accord trouvé le moment venu avec les représentants de la bourgeoisie regroupée au sein du gouvernement républicain espagnol.

La résistance du gouvernement républicain espagnol contre le soulèvement de Franco soutenu à l’époque par les fascismes italien et allemand, avait temporairement lié les mains des puissances de l’axe qui ne pouvaient dans le même temps se livrer à une attaque contre l’URSS ; cette situation a permis de mettre en échec la politique des Ango-Français, qui incitaient Hitler à attaquer l’URSS, l’impérialisme se devant de donner l’Espagne Républicaine en pâture à Hitler.

En outre, la guerre d’Espagne fut un véritable seisme politique pour les classes dirigeantes de l’Entente, terrorisées par l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement capable de renverser définitivement le vieil ordre bourgeois ; le petit bourgeois a eu peur de perdre ses libertés petites bourgeoises, celles lui donnant l’illusion d’être le maître de sa vie et de son destin.

Pendant la guerre, le Parti communiste espagnol a fortement augmenté ses capacités de propagande, a conquis de larges masses,  et s’est implanté durablement dans le peuple espagnol ; en outre il possédait ses propres forces armées, était doté d’une force de combat puissante capable de rivaliser avec le reste des forces républicaines. Si les républicains avaient réussi à gagner la guerre, il ne fait aucun doute que le PC espagnol aurait eu entre ses mains toutes les possibilités de pouvoir renverser les forces républicaines bourgeoises et de commencer les transformation socialistes.

C’est pourquoi la subordination des communistes aux chefs militaires républicains, l’accord des communistes pour la défense de la République espagnole était le résultat d’ une NEGOCIATION dans laquelle le Parti communiste espagnol avait préalablement discuté à l’avance des conditions de sa participation à la lutte armée

A la suite de cet accord, les communistes ont utilisé les forces républicaines et anti fascistes bourgeoises à leurs propres fins, à l’instar de la la création des Brigades Internationales pour développer et renforcer leur influence politique.

N’en déplaise à Ernest Hemingway, celui-ci est venu combattre de fait en Espagne pour le Komintern, en dépit de ses opinions.

Mais lorsque l’on considère la situation actuelle dans le Donbass, on ne voit aucune de ces conditions qui nous permettraient de copier bêtement l’expérience espagnole.

Tout d’abord, l’Union soviétique n’existe plus, qui par seule puissance diplomatique, politique et économique pouvait être un facteur d’influence sur les nationalistes bourgeois du Donbass projetés au pouvoir par un mouvement protestataire spontané contre le nationalisme ukrainien. En revanche, Poutine est là, et soutient activement ce nationalisme dans le but d’étendre la sphère d’influence impérialiste.

Deuxièmement, le Parti communiste n’existe pas sur ledit territoire et a totalement disparu. Il n’existe plus aujourd’hui une quelconque structure organisée, ni de forces sachant mener une propagande et capables d’organiser et de susciter le soutien actif des forces combattantes. Il n’existe plus de force politique communiste à proprement parler dans le Donbass. En conséquence et dans les conditions actuelles, mener une politique d’agitation communiste et faire de la propagande idéologique, est aujourd’hui totalement stéril et voué d’avance à l’échec.

Troisièmement, la situation politico-militaire des républiques de Donetsk et de Lougansk n’est pas aussi dramatique que celle des républicains espagnols au début de la rébellion franquiste. Le «Secteur droit» n’arrive même pas à la cheville des phalangistes et des forces armées marocaines, sauf peut être au niveau de la terreur et de la cruauté exercées à l’encontre  des populations civiles. L’expérience montre que les adversaires de la fascisation en cours à l’Est de l’Ukraine peuvent se débrouiller seuls sans l’aide et l’organisation d’un parti communiste. Comme en témoignent certains auteurs, les communistes d’Odessa sont morts gratuitement en jonchant de leurs cadavres la Maison des syndicats, sans qu’aucun objectif ni progrès politique ne soit accompli. Par exemple, «Borot’ba» n’a avancé aucune condition de sa participation à la lutte «Anti-maydan» aux forces bourgeoises. En d’autres termes, les communistes d»Odessa de Khatyn» sont morts gratuitement et de la façon la plus stupide.

Quatrièmement, les sentiments nationalistes dans le Donbass sont relativement forts ; les brigades de la «milice populaire» sont composées de fervents nationalistes, dont certains sont des ANTI COMMUNISTES FAROUCHES et d’autres, même s’ils sont «modérés» ne peuvent être maîtrisés en cas de débordement tel que pouvait le faire le PCE vis-à-vis des attaques anti-communistes de la part de certains «modérés».

Les nationalistes du Donbass ne sont pas moins fascistes que leurs adversaires pro-Bandera. A en juger par les résultats du référendum, ils ne se préoccupent pas plus que ça des formalités de la démocratie bourgeoise pour que l’on puisse espérer qu’ils n’organisent pas, par respect des «valeurs démocratiques» de massacre de communistes si jamais ces derniers intensifiaient leur activité contre les républiques de Donetsk et de Lougansk.

Dans de telles conditions, la subordination inconditionnelle des communistes aux objectifs et aux tâches de la lutte anti-fasciste reviendrait à SERVIR LES NATIONALISTES BOURGEOIS RUSSES.

C’est bien ce que montre la politique de «Borotba» : ce ne sont pas les communistes qui utilisent les anti-fascistes bourgeois pour des objectifs révolutionnaires, mais bien les anti-fascistes bourgeois qui utilisent «Borotba» à leurs propres fins, et ces objectifs ne vont pas au-delà de l’entrée dans la Fédération de Russie.

N’étant pas en mesure d’analyser les données historiques CONCRETES, ne maîtrisant pas la méthode dialectique …, les «gauchistes» ukrainiens prennent les concepts de «fascisme», d'»l’anti- fascisme», de «large front anti- fasciste», de façon statique, sans rapport et indépendamment des conditions particulières et changeantes (en dehors du contexte historique particulier) ; ils ignorent complètement la nature CHANGEANTE des conditions sociales en dehors desquelles ces concepts n’existent pas du tout, et en fonction desquelles ces concepts ont un sens différent.

L’ignorance de la dialectique ne leur permet pas de voir … l’opposition entre l’anti-fascisme bourgeois comme la lutte pour la préservation des conditions existantes, et l’anti-fascisme communiste comme la lutte pour l’abolition du capitalisme, pire ils ne soupçonnent même pas l’existence d’une telle opposition.

En résumé, il est évident qu’en Espagne l’anti-fascisme était communiste, alors qu’au  Donbass aujourd’hui, l’alliance anti-fasciste, revêt au contraire un caractère profondément réactionnaire.

… la dialectique … nous apprend qu’il n’y a rien d’éternel et d’établi une fois pour toutes.

La politique véritablement communiste consistera à expliquer au prolétariat cette dialectique de l’anti-fascisme, expliquer de la façon scientifique la nature du fascisme comme une des formes du capitalisme, … expliquer qu’il s’agit d’un conflit entre deux groupements bourgeois qui sont l’un comme l’autre également hostiles au prolétariat, expliquer notre abstention de participer directement au conflit militaire avec l’une ou l’autre partie si une telle participation n’est pas pré- conditionnée par des avantages pour les communistes. Les intérêts du communisme priment sur toute et n’importe quelle démocratie bourgeoise.

Comme tous les marxistes, je reconnais que la situation peut évoluer entre les différentes tendances ou fractions de la bourgeoisie dans le courant de la guerre à l’Est de l’Ukraine, et que puissent surgir des conditions favorables à la participation des communistes dans les processus d’auto-détermination, grâce à certains facteurs, inconnus à ce jour. Ces facteurs sont les suivants :

— L’émergence au Sud-Est de l’Ukraine d’une organisation communiste avec des cadres connaissant la théorie et qui peut gagner en notoriété dans les masses,

— La détérioration de la situation des nationalistes dans les républiques de Donetsk et de Lougansk et leurs défaites militaires qui obligeront les nationalistes à chercher des alliés parmi les communistes et à nous faire d’importantes concessions,

— L’intervention active d’une force extérieure, qui pour une raison quelconque soutiendra les communistes.

Mais tous ceux qui connaissent la situation dans le Donbass, doivent considérer ces facteurs comme fantaisistes. C’est pourquoi, compter sur leur apparition hypothétique relève de l’aventurisme et de la folie.

La lutte contre le fascisme ukrainien consiste pour les communistes avant tout à expliquer aux Ukrainiens et aux Russes le programme communiste et non pas de participer à des affrontements aux points de contrôle de Slaviansk ou dans les rues de Kiev et Odessa. Entrer dans la clandestinité, si nécessaire, maintenir les cadres, faire de la propagande — voilà notre tâche. Préserver et accroître les militants en s’appuyant sur la politisation temporaire du prolétariat ukrainien, et non pas défendre au prix de sa vie le territoire des enclaves bourgeoises. Les cadres décideront de tout (NdT allusion à l’article de Staline «les cadres décident de tout») quand les bourgeois de l’Ouest et de l’Est de l’Ukraine finiront de se partager le gâteau, ils n’auront pas besoin de nous pour cela.

Ivan Bortnik

Источник

Почему Славянск не Мадрид, а Донбасс не Испания

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